Foutriquet 1er, roi de la badine


Foutriquet, tu m’as regardé hier soir, moi avec mon petit appareil photo, toi avec ta grosse trique en main et ton brassard en poche. J’ai compris à tes yeux que tu laissais à tes collègues moins enthousiastes les bombes lacrymogènes ; toi tu tapes dans le vif. J’ai vu aussi dans ton regard la lassitude des chiens de combats trop usés. La même eau saumâtre de l’épuisement, le vide de ta vie et de ton métier. Je te sentais épuisé, refroidi, comme moi. Et pourtant, moi j’ai marché trois heures sous la pluie et tu m’attendais dans un car chauffé. Mais heureusement, les ordres sont arrivés, et tu as pu respirer, monter à l’assaut, gourdin en pogne, le seul qui vibre encore entre tes mains. Il y a longtemps, les bourreaux, comme pour s’extraire de la nature humaine, portait un masque. Toi, il suffit que tu retires ton brassard rouge pour te fondre dans la masse. Alors tu tapes, et tu frappes, et tu provoques. Et quand tu as bien tapé, tu cries « Maison », et tu rentres. Tu ne sais plus pourquoi, mais quand c’est la seule chose qui reste, pourquoi pas ?

Dis toi quand même que, si le vent tourne, que ta demi-régulière et tes lignes de coke ne suffisent plus à te soutenir entre deux ratonnades, ne viens pas traîner dans ma cave. Il est des cas trop avancés, et la trique sur des manifestants en tricolore, ca coince un peu chez moi

Tiens, regarde le grand frère, lui il a encore la foi. Tapera, taperas pas ? Ah mince, une caméra, je vais peut-être éviter

1 comment
  1. Super texte. Tres parlant. On les aura.

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