Emailgate : les 33 000 emails disparus d’Hillary Clinton

En tant que Secrétaire d’Etat des USA (ministre des affaires étrangères), Hillary Clinton a utilisé pendant son mandat un serveur de mails privé pour conduire les affaires d’Etat et la gestion quotidienne de son poste.

Aux USA, l’ensemble des communications gouvernementales, y compris les emails sont supposés être enregistrés aux Archives du Ministère de la Justice (pour ce ministère). C’est le public record, qui ne veut pas dire que ces archives sont publiques ou publiées : elles le sont selon la confidentialité de leur contenu, et dans un certain délai.

L’utilisation d’un serveur de mails privés, et hors les murs des systèmes gouvernementaux, a permis à Hillary Clinton d’échapper à cette obligation d’archivage.

Comment a-t-on su qu’Hillary utilisait un serveur « hors les murs » ?

C’est l’article du NY Times du 3 mars 2015 qui a révélé au public qu’Hillary avait utilisé pendant son mandat un serveur email privé, hors les murs du Département d’Etat. Cette utilisation était exclusive, au point qu’Hillary n’avait pas d’adresse email officielle.

A l’origine de cette révélation, c’est la commission d’enquête parlementaire sur Benghazi (l’attaque du bâtiment consulaire des USA à Benghazi, et la mort de l’ambassadeur Stevens) qui a découvert cette pratique. En demandant la communication des emails concernant cette attaque, ils n’ont reçu que 300 emails du Département d’Etat. La commission d’enquête était présidée par Trey Gowdy, le député républicain de la Caroline du Sud.

Une fois le serveur privé découvert, et la requête légale étendue, Clinton décide de délivrer la moitié environ des 60 000 emails archivés, en soutenant que l’autre moitié sont des emails de nature privée. C’est à ce moment que débute la saga des 33 000 emails, qui sont, deux ans plus tard, toujours non publiés. En plus de la quête pour retrouver ces emails, d’autres hacks (le plus connu étant les #Podestamails) ont eu lieu autour de cette affaire.

Lire l’article détaillé : Comment a-t-on su qu’Hillary Clinton utilisait un serveur « hors les murs » ?

Comment a été acheté, installé et utilisé le serveur mail ?

En 2007, Justin Cooper, un assistant du président Bill Clinton, acheta un serveur Apple OS X dans le but d’installer un serveur mail pour l’équipe du président Clinton, das leur résidence privée.

En 2009, Hillary passe sur la première (d’une longue série) d’adresses en @clintonmail.com

En janvier 2009, Brian Pagliano récupère du matériel informatique de la campagne d’Hillary Clinton (campagne des primaires contre Obama) pour remplacer le serveur Apple vieillissant. Ce serveur Apple a disparu de la circulation.

Au printemps 2013, l »acquisition et l’installation d’un nouveau système est demandée à une société de services, PRN Platte River Networks, choisie par Hillary Clinton.

PRN décide de ne pas trop durcir le serveur mail pour permettre une administration système plus facile.

Par ailleurs, le FBI a dénombré 13 téléphones sur lesquels Hillary Clinton a utilisé ses adresses en clintonemail.com, dont 11 BlackBerry, dont 8 pendant son mandat de Secrétaire d’Etat. Ces téléphones n’ont pas pu être récupérés par le FBI. Le FBI a aussi dénombré 5 Ipad utilisés avec ces adresses, dont 3 ont pu être récupérés.

Lire l’article détaillé : Comment a été acheté, installé et utilisé le serveur mail d’Hillary Clinton ?

Comment ont été effacés les 33 000 emails ? 

En juillet 2014, Paul Combetta, un employé de PRN demande sur reddit comment supprimer une adresse email « VIP (VERY VIP) » d’une archive de mails . En décembre 2014, « un membre de l’équipe Clinton » demande à Paul Combetta, un employé de PRN, de supprimer les archives emails, mais il oublie de le faire.

Le 3 mars 2015, le NY Times révèle qu’Hillary Clinton a largement utilisé un serveur mail personnel pendant son mandat. Le 4 mars 2015, une subpoena (requête officielle et contraignante) est délivrée par la commission parlementaire sur Benghazi demandant la communication des emails personnels de Clinton.

Suite à cet appel, Combetta réalise qu’il a oublié de supprimer les archives emails. Il supprime ces archives fin mars 2015 avec Bleachbit, un programme de nettoyage de disque dur. Interrogé au printemps 2016 par le FBI, Combetta nie puis admet qu’il avait connaissance de la subpoena au moment où il a supprimé les emails.

Lire l’article détaillé : Les 33 000 emails d’Hillary Clinton : comment ont-ils disparu et pourquoi ?

Qu’y a-t-il dans ces 33 000 emails (hypothèses) ?

La théorie derrière cette affaire est que les Clinton ont utilisé la Clinton Foundation pour monnayer leur influence (en tant que POTUS pour Bill, en tant que Secrétaire d’Etat pour Hillary) auprès de riches donneurs, qu’ils soient des grandes entreprises ou des pays étrangers.

C’est donc à partir de ses adresses mails personnelles qu’Hillary Clinton aurait mis en oeuvre cette influence sur la politique américaine.

A suivre dans l’article sur la Clinton Foundation.

Qui a volé les 33 000 emails ?

On est quasiment sûr que le serveur a été hacké.

Guccifer, le hacker d’Europe de l’Est, a revendiqué en mai 2016 avoir hacké le serveur mail d’Hillary. Cette revendication n’a pas été prouvée depuis.

Les mails échangés entre Cooper (chargé du support client du serveur) et des utilisateurs (ici Huma Abedin) font état de tentatives de hack.

L’enquête du FBI a montré qu’en janvier 2013, trois adresses IP émanant du réseau Tor ont accédé à un compte du serveur email.

Aux dernières nouvelles (2 novembre), des sources au sein du FBI estiment être sûrs « à 99% » que le serveur a été hacké par au moins 5 agences de renseignement étrangères.

Dans son interview du 5 novembre 2016, Julien Assange n’a pas explicitement dit si Wikileaks avait, ou pas, les 33 000 emails. Il a parlé de l’autre moitié « que nous avons publiée ».

La NSA pourrait avoir une copie des emails dans XKeyScore, son système de surveillance électronique généralisée.

Le FBI, dans le cadre d’un deal d’immunité, ou la CIA, qui n’est pas en très bons termes avec le Département d’Etat, pourrait avoir eu une copie des emails.

Lire l’article détaillé : Qui a volé les 33 000 emails d’Hillary Clinton ?

Emmanuel Todd : « Est ce que les éduqués supérieurs sont tellement supérieurs ? »

2h19 : « Est ce que les éduqués supérieurs sont tellement supérieurs ? »

« L’un des biais du système actuel, c’est que le tri social par le système éducatif qui était conçu comme émancipateur, est devenu une extraordinaire machine à trier la population jeune pour son avenir social, […] une machine à fabriquer les classes sociales du futur, une machine à fabriquer l’inégalité […] et qui justifie l’inégalité ».
« l’intelligence existe, il y a différents niveaux d’intelligence, mais le tri éducatif, particulièrement à partir de l’université, ne se fait pas uniquement sur le critère de l’intelligence, il se fait aussi beaucoup sur le critère de l’obéissance »
« au final, est ce qu’on obtient une classe supérieure tellement remarquable par son intelligence ? Ca ne me parait pas évident »

« en haut de la société, vous aurez une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, et en bas vous aurez des gens parfaitement intelligents mais qui n’auront pas été pris dans le moule du système parce qu’ils ont un peu plus de mal à obéir […] on va vers une période où les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fait le moins d’études »

2h06 : « Quand vous traitez de ‘populiste’ des gens qui votent pour un changement dans un pays où la mortalité augmente, et qu’on vous décrit comme des ‘élites compétentes’ les gens qui disent que tout va très bien alors que la mortalité augmente… Je préfère parler de révolte populaire, de révolte démocratique »

2h15 : « Un pays comme la France, avec ses 10% de chômage, le pays où il ne se passe rien. Actuellement tout le monde se concentre sur la nullité de Hollande. Il est nul. Mais ce qui permet à Hollande d’exister, c’est des forces sociales beaucoup plus profondes, une attitude d’irresponsabilité des classes éduquées supérieures et des vieux. Pour que la France bascule, il faudrait que les éduqués supérieurs et les vieux soient un peu plus responsables »

Ira Magaziner, le consultant santé

Ira Magaziner, né en 1947, consultant.

Activiste pro droits civiques pendant ses études. Consultant et auteur de livres business. Se rapproche d’Hillary Clinton dans les années 90 sur des initiatives de politique publique sur la santé (plan Santé Clinton de 1993, échoué).

CEO et VP de la Clinton Health Access Initiative pour l’accès aux soins. CEO et consultant de SJS Advisors.

Declan Kelly, le consultant convaincant

Declan Kelly, né en 1968 en Irlande, entrepreneur et philantrope américain.

Journaliste business puis consultant. Cofondateur et président du directoire de Teneo.

Définit Teneo comme une « société de conseil global et une banque d’affaires qui conseille les plus grandes firmes mondiales ».

Proche conseil d’Hillary Clinton et un des ses meilleurs leveurs de fonds, en particulier pour la campagne des primaires 2008. A la suite de cette campagne il est nommé émissaire économique pour l’Irlande du Nord, ce qu’il est resté jusqu’à la création de Teneo.

www.politico.com/story/2016/04/teneo-final-221807

Il est suspecté qu’il ait utilisé sa mission d’émissaire économique pour construire un réseau professionnel à son bénéfice.

Il consultait par exemple pour Dow Chemicals pour 2.4 MUSD en même temps qu’il les démarchait pour la Secrétaire d’Etat Clinton, qui les a inclus dans son « Initiative pour l’Irlande ».

Une fois Teneo fondé, il a continué dans le même style, en mélangeant levée de fonds à but caritatif et rémunérations pour Bill Clinton.

Des anciens employés ont témoigné à Politico que plusieurs clients de Teneo ont été présentés à Bill Clinton, invités à des évènements avec des acteurs gouvernementaux de Washington et à des évènements de la Clinton Global Initiative avec des leaders étrangers. Ils ont aussi déclaré que Declan Kelly et Doug Band mettaient régulièrement en avant à leurs cliens les donations à la Fondation ou l’inscription à la CGI comme moyen « d’améliorer leur profil ».

A “leading advisor” and top fundraiser to the Hillary Clinton 2008 election campaign. He was rewarded for his efforts by being appointed to the role of Economic Envoy to Northern Ireland. He would leave that position to found the Teneo Holding company with Douglas Band. Many political blogs say that his time at the state department was entirely spent travelling the country and making business connections. He is also reported to have gone to Northern Ireland after being appointed and telling the Enterprise minister that his role was “strictly economical, and not political”.

Le mélange des roles : levée de fonds pour la fondation + rémunération de Bill Clinton

wikileaks.org/podesta-emails/emailid/52716 (Wikileaks, fichier joint)

Douglas Band écrit ce mémo en novembre 2011, suite à la curiosité de Chelsea Clinton qui cherche à comprendre les transferts de fonds entre la Clinton Global Initiative et la Clinton Foundation.

Il décrit succès relatif des (chers) consultants engagés pour susciter des levées de fonds pour la fondation.

Il décrit la stratégie initiales des levées de fonds, qui consistait à engager le président Bill Clinton pour des appels téléphoniques, des rencontres de charité, des conférences, après quoi Justin Cooper et Douglas Band appelait les donateurs potentiels.

Il décrit la stratégie pour couvrir le budget courant de la fondation (plus de 20 MUSD en 2011), qui consiste à transférer des fonds depuis la Clinton Global Initiative vers la Clinton Foundation. La CGI collectant des fonds grâce aux conférences de Bill Clinton et aux donations qui s’ensuivent.

Il souligne qu’en même temps que de rechercher des donateurs pour la Clinton Foundation, Justin Cooper et lui, Douglas Band, ont recherché des activités lucratives pour Bill Clinton. Et ils les ont trouvé, pour 30 MUSD depuis 2001, avec 66MUSD d’engagements futurs.

Il décrit ensuite comment les clients (de l’activité de conseil) de Teneo Holdings, qu’il a cofondé, ont contribué à apporter des fonds à la fondation :

  • Coca Cola pour 4,3 M$
  • The Dow Chemical Company 780 k$
  • UBS 540 k$
  • The American Ireland Fund 350k$
  • The All State Corporation 265k$ + 500k$ d’engagement
  • Barclays Capital 1,1M$
  • Fondation Rockfeller 4,3M$
  • Laureate 1,4M$ + 3.5M$ annuel à Bill Clinton pour être président d’honneur

Pourquoi tant d’amour des entreprises pour la Clinton Foundation ?

Pourquoi ces entreprises, qui rémunèrent déjà Teneo pour l’activité de conseil, sont-elles aussi généreuses pour la Clinton Foundation ? La description de ces dons par Douglas Band laisse entendre un système particulier.

C’est en mettant en avant l’influence du président Clinton que Doug Band, Declan Kelly (un autre cofondateur de Teneo) et Justin Cooper convainquent les entreprises :

  • de donner à la fondation ou à CGI
  • et de rémunérer le président Clinton directement à travers des conférences

« Teneo ne travaille qu’un peu avec Barclays Capital. En 2010, les associés de Teneo ont encouragé Barclays à donner 500k$ par an à la CGI, ce qu’ils ont fait depuis »

« UBSM. Kelly a présenté M. Mccan au président Clinton, puis lui a demandé de soutenir la fondation ce qu’il a fait à travers la Clinton Economic Opportunity Initiative. M. Kelly a aussi encouragé M. Mccan à proposer au président Clinton des conférences rémunérées, ce qu’il a fait »

« GEMS Education : GEMS a rencontré le président Clinton, pour lui demander d’être conseiller de leur société. Justin et moi les avons convaincus de démarrer une relation avec la fondation, ce qu’ils ont fait. Cette relation s’est transformée en relation d’affaires avec le président Clinton et en dons pour CGI »

Marc Lasry, un milliardaire plein de ressources

Notice Wikipedia

Marc Lasry  est un milliardaire américain d’origine marocaine. Il a fait fortune dans les rachats / vente de dettes et d’entreprises. En 2013, il est considéré pour le poste d’ambassadeur des USA en France.

Présenté au président Clinton en 2004, Doug Band décrit les différentes aides qu’il a apporté :

  • il organise deux soirées de charité pour la fondation chez lui.
  • il embauche Doug Band comme conseiller dans son entreprise.
  • Puis embauche Chelsea Clinton.
  • Il prête aussi son avion privé, à la fondation comme aux Clinton pour leurs déplacements personnels.
  • Il empêche la publication d’articles gênants sur les Clinton dans the Enquirer, dont il détient une part de contrôle
  • il aide Marc Mezvinsky (le mari de Chelsea) à lever des fonds pour son fonds de placement

Le double jeu : levée de fonds + rémunération Bill Clinton

En même temps que de lever des fonds pour la Clinton Foundation et la Clinton Global Initiative, Doug Band sollicite donc les entreprises pour proposer à Bill Clinton des prestations, généralement des conférences rémunérées.

  • UBS : 900 000 $ pour plusieurs discours
  • Ericsson : 750 000 $ pour un discours en Chine + 400 000 $ pour un avion privé.
  • Coca-Cola : 400 000 $ + le déplacement en avion privé pour un discours
  • Barclays : 700 000 $ pour deux discours

La question reste de savoir ce qui a pu convaincre ces entreprises de donner autant, à la fois à la fondation (on peut donc supposer une intention caritative en même temps qu’un crédit d’impots), et directement à Bill Clinton.

 

Cheryl Mills, le conseil juridique d’Hillary au département d’Etat

Avocate américaine, née en 1965.

Conseil associé du Président depuis 1993. Elle n’apparaît au grand public qu’en 1999, en défendant le président Bill Clinton dans la procédure d’impeachment.

Travaille dans le privé de 1999 à 2001, vice-présidente Senior chez Oxygen Media, une chaîne de télé sur le câble. En 2002, passe à l’administration del’Université de New York.

Au début de la mandature d’Hillary Clinton, elle a continué à travailler quelques mois pour l’Université de New York, en particulier sur le projet de campus de la NYU à Abu Dhabi (Émirats Arabes Unis). Au même moment et pendant quelques temps, elle était membre non rémunéré du conseil de la Clinton Foundation.

Directrice du cabinet d’Hillary Clinton au Département d’Etat de 2009 à 2013, et conseil du Secrétaire d’Etat.

www.washingtonpost.com/world/national-security/clinton-aide-leaves-interview-once-the-fbi-broaches-an-off-limits-topic/2016/05/10/cce5e0e8-161c-11e6-aa55-670cabef46e0_story.html
Pendant son interview par le FBI en mai 2016, dans le cadre de l’enquête sur le serveur de mails d’Hillary Clinton, l’avocat de Mills a argué de son rôle de conseil (juridique) pour justifier de la protection juridique entre un client et son avocat. La jurisprudence semble lu donner tort (2002).

Pendant la mandature d’Hillary, a supervisé l’initiative « Feed the Future » du Département d’Etat, en particulier pour l’aide alimentaire à Haïti.